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Droits humains et lutte contre le sida, les deux font la paire !

En mars dernier, Stéphane Calmon est parti en mission pour le compte de AIDES dont il était alors vice-président (il est aujourd’hui membre du Bureau du conseil d’administration). Un court périple — avant les émeutes qu’a connues le pays lors d’une campagne présidentielle particulièrement tendue — placé sous le sceau des droits humains et des enjeux de la lutte contre le sida. Récit.

Dans la cour, assis, au Centre Turiho, une des antennes de l’ANSS (Association Nationale de Soutien aux Séropositifs et malades du Sida), j’entends plusieurs transistors faire écho de la voie de Jeanne Gapiya. Des salariés de l’association, des personnes qui y sont accueillies, des militants écoutent l’interview interactive qu’elle accorde, en kirundi (1), à une radio burundaise très écoutée. La présidente de l’ANSS, avec l’énergie que je lui connais, explique son souhait que la question de la lutte contre le sida et son lien avec les droits humains soit un sujet débattu à l’occasion de la future campagne présidentielle, en juin 2015. Des jeunes de l’ANSS sont pendus à leur portable pour tenter de lui poser des questions en direct. Une tactique qu’emploient les militants pour s’assurer que les sujets qu’ils défendent seront bien abordés dans une émission, surtout si elle est grand public et très suivie. Dans le fond, la question que Jeanne entend porter lors de cette campagne — et j’imagine que ce ne sera pas l’unique — est au cœur des préoccupations de l’ANSS. Elle est même un enjeu politique en soi dans un pays où les droits des minorités sont fragiles, où le climat politique et social reste globalement hostile, pour des raisons diverses, aux groupes les plus exposés au risque d’infection par le VIH : les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH ou MSM, Men who have Sex with Men) et les travailleurs et travailleuses du sexe. C’est d’ailleurs un paradoxe de voir que dans ce climat défavorable à ces groupes, ces derniers n’en demeurent pas moins au centre des préoccupations des autorités locales de santé ; du moins sur la question du VIH.

Une attente particulière aux groupes à haut risque

Il faut dire qu’au vu des données officielles, il est justifié d’avoir une politique de prévention, d’accès au dépistage et aux soins qui accorde une attention particulière à ces groupes. C’est ce que défendait, en novembre 2013, Diane Mpinganzima, consultante en sciences sociales, lors de la présentation d’une étude sur les populations à haut risque d’infection au VIH qu’elle avait coordonnée. Réalisée en juin 2013, cette étude expliquait que parmi ces « groupes à haut risque d’infection au VIH », on trouvait celui des MSM, estimés, au niveau national, à 6 333 personnes, dont 4 657 personnes vivant dans la capitale, Bujumbura ; ce groupe connaissant un taux de prévalence pour le VIH de 4,8 % (le taux de prévalence du VIH dans le pays, toutes populations confondues est de 1 % ; les chiffres (2011) de l’Onusida et de l’OMS parlent d’une prévalence chez les HSH estimée à 2,4 %). Venait aussi le groupe des travailleuses du sexe : 27 657 personnes, dont 7 092 exerçant leur activité à Bujumbura ; le taux de prévalence au VIH avoisinait 22 % (pour l’Onusida et l’OMS, la prévalence dans ce groupe serait de 26,5 %). Curieusement, l’étude mentionne une catégorie de personnes consommatrices de drogues par injection, estimée à 15 personnes ; un chiffre très bas rapporté à la population du pays : 10 400 000 d’habitants en 2014. Enfin, l’enquête avançait un total, pour l’ensemble du pays, de 2 460 sites de loisirs où on trouve également des partenaires sexuels, dont 895 identifiés dans la capitale. Ces chiffres (2) ont d’ailleurs alimenté la réflexion pour un bilan d’étape du Plan stratégique national de lutte contre le sida (2012-2016) et ont servi aux autorités burundaises pour soumettre une nouvelle demande de financement au Fonds mondial de lutte contre le sida… pour trois ans.

L’ANSS n’a évidemment pas attendu cette fameuse étude pour s’intéresser aux MSM. L’association a d’ailleurs eu un rôle précurseur en prenant en compte, non sans difficultés à ses débuts,  les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes dans ses actions de prévention. En 2009, elle se lance dans un projet spécifique : le projet MSM. C’est lui qui est au centre de ma mission. Mais avant d’aller plus loin sur ce projet spécifique, il est important de comprendre ce qu’est l’ANNS et quels sont ses champs d’action.

Une file active de plus de 7 000 personnes

Au niveau de la prise en charge médicale, la file active de l’ANSS pour 2013 comptait 7 382 personnes bénéficiaires, dont 5 471 personnes vivant avec le VIH, parmi lesquelles 4 558 recevaient un traitement anti-VIH. Ces chiffres sont en augmentation. En 2012, la file active était de 7 184 personnes, dont 4 359 bénéficiant d’un traitement. En 2013, 64 personnes suivies par l’association sont décédées des suites du sida. Comme chaque année, il a fallu jongler avec les ruptures de stocks de médicaments comme de réactifs… qui sont apparues dès l’été 2013. Il a fallu jongler aussi avec les financements qui ont manqué et ont affecté des programmes du volet social des actions de l’ANSS. Jongler encore avec la volonté de limiter les transactions en espèces par discipline comptable… ce qui est nécessaire, mais complique les choses dans un pays où les autres modes de paiement sont encore peu développés. Jongler aussi avec les plannings, les calendriers, etc. On ne se rend pas toujours compte de ce que peut proposer une grande association de lutte contre le sida dans un pays en Afrique, des grandes différences de mission qui existent entre les associations du Sud et celles du Nord. L’ANSS a ainsi sept champs d’actions ; certains sont communs aux associations du Nord : la prévention grand public, celle qui est conduite auprès des populations vulnérables, les actions de plaidoyer, la formation… D’autres sont voisins dans l’intitulé, mais ont des contours bien plus larges. Par exemple, l’accom